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Sara Chelou

Indian Dream. Chelou

Interview

Sara Chelou

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Sara Chelou. J'ai choisi mon pseudo vers l'âge de 18 ans (un peu avant) d’abord pour em...bêter ma famille qui n'aimait pas l'art et encore moins l'idée que je veuille en faire, puis par rapport au hip hop, et enfin pour être sure de ne jamais me prendre trop au sérieux.
Je suis plasticienne et graphiste, je vis et je travaille à Paris.
J'ai un parcours à la fois plastique et expérimental qui interroge le concept de l'artiste dans la ville mais aussi sa place dans la société.
Je me situe dans l'art urbain à travers un certain activisme, de nombreuses fresques réalisées dans des lieux en friche, un questionnement sur les lieux ou, parfois, sur leur occupation et une réflexion sur le squat.

Quand as-tu commencé le street-art et pourquoi?
J'ai commencé à peindre hors les murs il y a une vingtaine d'années, alors que l'expression street-art n'existait pas encore (me semble-t-il), en majorité dans des lieux en friche. En tant que collectifs d'artistes (Rézonances, Nawaks, etc.), nous occupions ces lieux pour 24h, le temps d'une fête, comme des usines à Paris en banlieue, ou pour plusieurs mois, le temps de travailler dans des locaux car nous n'avions pas d'atelier. La plupart du temps ces peintures s'accompagnaient d'installations ou de performances et se mêlaient également au théâtre de rue.
Mais souvent, peindre la façade d'un immeuble désaffecté que nous occupions pour un temps plus ou moins long était la meilleure façon de montrer notre identité d'artiste, nos prises de position artistiques et politiques. Avec l’idée de gratuité, de don, quelque chose échappait à la fois au marché de l'art et à la spéculation immobilière.

Quels sont les artistes visuels qui t'ont marqué ou dont tu apprécies le travail?
Bien sur j'apprécie le travail des pochoiristes comme Miss Tic, Blek le rat et beaucoup d'artistes contemporains, Mosko et associés, Jérome Mesnager, Mr Chat. Ceux qui ont su créer une énigme avant de se dévoiler un peu plus. J'ai un penchant pour le graff et ses dérivés comme Indie, Cope2 et Jonone, Banksy et ses installations. J'adorais les frères Ripoulin dans les années 80, dix10 et leur supermarché de l'art (concept que nous avons repris d'ailleurs rue du Grenier Saint Lazare en 1992 mais en en faisant autre chose), Fluxus et tout ce qui est à la fois expérimental et conceptuel. Picasso pour sa capacité toujours renouvelée d'invention et de changement. Basquiat, Chagall pour la légèreté et les couleurs. Warhol pour l'analyse, le traitement de l'art et une démocratisation consumériste des valeurs. Matisse et ses petits papiers, les montages de Man Ray, les abstractions de Cy Twombly. Pas mal de peintres des années 50, Nicolas de Staël,  les peintres de la matière , les surréalistes y compris Frida Kahlo, les expressionnistes pour les couleurs et l'emprise du psychologique sur la représentation du réel (Munch et son "cri"). Van Gogh, le Bauhaus et les dada pour le graphisme épuré, et en faisant un petit détour par le cinéma, Abel Gance et ses expérimentations cinématographiques. Artaud au théâtre comme au dessin, et pour remonter un peu plus loin en arrière,  Bosh et Dûrer, Velasquez, etc.

Quels sont tes outils de prédilection pour créer et comment prépares-tu tes collages ?
J'ai commencé tout simplement avec le pinceau. Non, en fait au départ je peignais à la peinture à l'huile et j'y mettais les doigts. Quant aux pinceaux, je privilégie particulièrement les pinceaux "cheap", ceux qui servent à peindre les radiateurs ou qu'on achète par paquets de 10 pour 5 euros.
Pour faire mon acrylique, je mélange du pigment à de la colle à bois. Mes collages (que je fais sur toile) sont en général des images trafiquées sur l'ordi par Photoshop ou des dessins scannés puis retravaillés ou simplement agrandis. Bref, tous mes collages subissent généralement un traitement numérique.

Le collage est-il une discipline artistique que tu pratiquais avant de participer à Rue-stick?
J'ai toujours réalisé des fonds ou des peintures avec du collage en proportion plus ou moins importante, puis j'ai réalisé pas mal de montages par ordinateur après avoir abordé un virage numérique artistique en 2005. Plus récemment, comme je l'explique plus haut, je reviens à un mélange où le collage passe par un traitement numérique pour devenir le sujet principal de l'œuvre ce qui est nouveau dans ma démarche puisqu'avant il occupait plutôt la place du "fond" (près du radiateur).

La rue est-elle ton seul support d'expression?
A une époque, je peignais des fresques murales mais toujours faites en parallèle de peintures sur toiles. Aujourd'hui je réalise des toiles en association avec des graffeurs (HEV) qui sont plus proches de la réalité du street-art que moi, au point d'être plus ou moins dans la catégorie vandale, ce qui est une branche non négligeable du street-art. Voilà pourquoi j'ai entamé une série de toiles en association avec ces graffeurs, que j'appelle donc "toiles vandales". Elles comportent du graff, du collage, de la peinture, du dessin voire un peu de pochoir. Elles figurent, en quelque sorte, une réflexion sur ce qui est autorisé, notamment en matière artistique. A savoir : le style, la matière, (acrylique, bombes, colle), les supports (murs, trains, façades) et surtout la question de savoir qui sont les vandales lorsque l'on pense aux bulles artificielles du marché de l'art, le licite et l'illicite. C'est à la fois une réflexion sur les valeurs de notre société, la place accordée à l'art et le fonctionnement du marché de l'art.
Je réalise également aussi des "collages numériques" basés majoritairement sur mes photos ou mes dessins. Ils ont des thèmes variés mais on y retrouve souvent l'opposition Nature / Culture, donc un souci écologique ou quelque chose d'une poésie mélancolique qui me tient à cœur également.

Quelle est la citation, ou la formule, qui synthétiserait le mieux ton travail?
« Par tous les moyens nécessaires. » (Malcom X)

À quelle édition de Rue-stick as-tu déjà participé et quelles en ont été tes impressions?
Je n'y ai pas encore participé ! Je veux le faire !! 

Rangerais-tu le street-art dans la catégorie art contemporain et pourquoi?
Oui il est clair aujourd'hui que le street-art a déjà fait son entrée dans l'histoire de l'art avec des grandes personnalités internationales pour ne citer que Banksy ou Blu mais aussi une impressionnante vigueur du côté français, et des expositions qui rendent hommage à des gens dont le parcours se situe majoritairement dans la rue comme Cope ou Jonone.
Très vite le street-art est venu aussi se poser sur des formats plus étroits et mobiles comme des toiles qui s'inspirent avec bonheur de ce phénomène. 
L'intérêt et la caractéristique du street-art, c'est ce jeu de la légalité où l'art reprend un rôle profondément révolutionnaire dès lors qu'il quitte les ateliers pour d'un côté jouer « au chat et à la souris » avec les représentants de la loi et de l'autre défier les lois de son propre marché en s'offrant en toute gratuité.
Loin des simples qualités esthétiques, il prend surtout sens dans la rue et s'impose à nouveau comme témoin et révélateur de son temps et de ses contradictions. Mais pour parler de l'esthétique on peut tout de même noter l'incroyable et surréaliste beauté des fresques immenses sur d'impressionnantes cathédrales industrielles ou plus simplement le vagabondage coloré, subtil, émouvant, touchant, enthousiasmant. Cette poésie urbaine que l'on peut trouver au détour d'une impasse en trainant dans les rues (ou dans un wagon).

Peux-tu nous raconter une de tes aventures marquantes avec le street-art ?
Je pense que la générosité d'artistes comme Jean Faucheur, Blek le rat, Jérôme Mesnager, Chambas, Boisron, Paella, Marlhène, a permis de sauver un bâtiment que nous avons occupé en 1991. Le couvent des Récollets, bâti en 1650, était promis à une destruction certaine par le ministre  de l'Intérieur Paul Quilès mais la gentillesse de tous les artistes qui sont venus, comme à leur habitude, peindre des fresques généreusement et gratuitement nous ont permis de gagner le combat. Aujourd'hui c'est l'Ordre des Architectes qui siège dans le bâtiment.

Le meilleur film?
« Blade Runner ». Enfin, je viens de voir "Enter the void" de Gaspar Noé qui n'est pas mal non plus. « La vie aquatique » de Wes Anderson. « Mauvais Sang » de Léos Carax.
Euh… « Arizona Dream », « Las Vegas Parano », « Dead Man »... Je ne sais pas, c'est trop dur de choisir.

Le meilleur livre?
« Chroniques Martiennes » de Ray Bradburry. 

Le meilleur son?
« Seventeen Seconds » de The Cure.

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